Expédition au Gabon en 2007 / Le journal

Expedition Banner

Itinéraire

Jour 1 – 23 avril 2007 : Mechelen
Jour 2 – 24 avril 2007 : Mechelen – Paris – Libreville
Jour 3 – 25 avril 2007 : Libreville
Jour 4 – 26 avril 2007 : Libreville
Jour 5 – 27 avril 2007 : Libreville – Loango
Jour 6 – 28 avril 2007 : Loango – Akaka
Jour 7 – 29 avril 2007 : Akaka
Jour 8 – 30 avril 2007 : Akaka
Jour 9 – 1er mai 2007 : Akaka – Loango
Jour 10 – 2 mai 2007 : Loango – Tassi
Jour 11 – 3 mai 2007 : Tassi
Jour 12 – 4 mai 2007 : Tassi – Loango
Jour 13 – 5 mai 2007 : Loango
Jour 14 – 6 mai 2007 : Loango – Ivindo
Jour 15 – 7 mai 2007 : Ivindo
Jour 16 – 8 mai 2007 : Ivindo
Jour 17 – 9 mai 2007 : Ivindo
Jour 18 – 10 mai 2007 : Ivindo – Libreville
Jour 19 – 11 mai 2007 : Libreville
Jour 20 – 12 mai 2007 : Libreville
Jours 21 et 22 : 13 et 14 mai 2007 : Libreville – Paris

LUNDI 23 AVRIL 2007 : MECHELEN

Aujourd’hui, cinq des six membres de l’équipe se sont rencontrés à Mechelen, en Belgique, d’où nous allions partir pour le Gabon, le lendemain matin. Le groupe était composé de deux Belges (Emmanuel et Guy van Heygen), de deux Allemands (Klaus Reimüller et Roland Zobel) et de Brian Rasmussen, originaire du Danemark. Le seul membre de l’équipe qui n’était pas encore arrivé était Lonnie McCaskill des États-Unis, que nous devions rejoindre à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, le matin suivant.

Nous avons soupé dans le centre historique de Mechelen, en face de la belle vieille cathédrale. Nous étions tous enthousiastes et anxieux de commencer notre voyage dans un pays qui nous était encore inconnu. Nous étions tous des voyageurs expérimentés, et durant le souper, nous avons échangé des histoires sur nos aventures passées.

Par la suite, une fois à l’hôtel, nous avons bu du champagne pour porter un toast à Brian, gagnant du prix Nactus 2006, et bien sûr, pour célébrer en prévision de notre voyage.

MARDI 24 AVRIL 2007 : MECHELEN – PARIS – LIBREVILLE

Nous nous sommes levés tôt et avons quitté l’hôtel à 6 h. De Mechelen, nous avons pris le train de banlieue jusqu’à Bruxelles, et de là, le TGV ultrarapide, qui nous a amenés à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, en un peu plus d’une heure. À la porte d’embarquement, nous avons rencontré le dernier membre de l’équipe, Lonnie McCaskill.

L’équipe étant maintenant complète, nous pouvions entreprendre la première étape de notre voyage sur la « terre des hippopotames s’ébattant dans l’eau ».

LES MEMBRES DE L’ÉQUIPE SONT :

Emmanuel van Heygen, Belge (chef de l’expédition et responsable de la marque Exo Terra)
Guy van Heygen, Belge (cinéaste)
Brian Rasmussen, Danois (gagnant du prix Nactus 2006 et photographe officiel de l’expédition)
Lonnie McCaskill, Américain (directeur du zoo, Royaume des animaux de Disney)
Roland Zobel, Allemand (responsable de marques d’aquariums et de terrariums, Hagen Allemagne)
Klaus Reimüller, Allemand (responsable du développement des marques européennes, Hagen International)

À 11 h 40, notre avion a finalement décollé après un retard d’environ 40 minutes. Il faisait très chaud au cours du vol, mais c’était une bonne façon de nous préparer pour les trois semaines suivantes de voyage près de l’équateur. Durant le vol, nous avons parlé de notre itinéraire et nous sommes familiarisés avec différentes régions que l’on traverserait.

Après un vol sans incidents de six heures et demie, nous avons eu un atterrissage brutal à Libreville. Il était alors 19 h. Nous étions encore dans le même fuseau horaire, mais une heure plus tard, étant donné que le Gabon ne change pas l’heure en été.

Fait normal en Afrique, quitter la douane et le contrôle de bagages est assez lent, mais nous réussissons tout de même à le faire en un peu plus d’une heure. En sortant de l’aéroport, nous sommes immédiatement frappés par la chaleur. La température à l’extérieur est d’environ 30 ºC et l’humidité est à 95 %. Nous aurons besoin de nous y ajuster. Deux jeunes et jolies Gabonaises travaillant pour « Opération Loango » nous attendent déjà. Dans un autobus trop petit pour neuf personnes et beaucoup de bagages, nous nous rendons à l’hôtel Tropicana, notre chez-soi pour les trois premiers jours.

Lorsque nous quittons l’autobus climatisé, la chaleur nous frappe de nouveau comme un marteau et nous commençons tous à transpirer en abondance. Les chambres d’hôtel sont du style bungalow, mal entretenues et très élémentaires, mais l’emplacement du Tropicana directement sur la plage compense plus que de manière adéquate pour les chambres de piètre qualité. De plus, comparativement aux normes africaines, le restaurant est de premier ordre.

Après une bonne douche, nous nous rencontrons tous dans le restaurant en plein air et avons notre premier repas en Afrique. Nous sommes très excités d’être là et causons jusqu’à 23 h avant de décider d’aller au lit. Toutefois, Roland, Brian et Lonnie veulent faire une petite excursion pour découvrir quels animaux ils peuvent trouver dans le voisinage.

MERCREDI 25 AVRIL : 2007 LIBREVILLE

Peu après 7 h, nous nous sommes donné rendez-vous pour le déjeuner. La journée a bien commencé et le temps était sec, mais le ciel était couvert. Nous portons maintenant les t-shirts officiels de l’expédition Exo Terra et profitons d’un bon café tout en écoutant les vagues de l’océan. Trois des membres de l’équipe sont déjà occupés à chercher des reptiles et ont pris les premières photos.

Nous avons tous le sentiment troublant d’être assis au bord d’un continent et d’un pays encore pas mal inconnu du reste du monde, un pays qui a été nommé « le dernier éden, figé dans le temps ».

Presque tout l’avant-midi s’est écoulé à chercher des reptiles et à prendre des photos d’une espèce de gecko que nous trouvons en abondance ici, l’agame des colons ou agame commun (Agama agama). Certains des mâles sont d’une beauté frappante avec leur tête d’un jaune vif et leur queue orange.

À 11 h, nous décidons d’explorer Libreville. Nous trouvons deux taxis, et après une brève négociation avec les conducteurs, nous nous entendons sur 30.000 francs CFA, l’équivalent de 45.00 € pour une demi-journée. Peu de temps après, on nous dépose sur la rue commerciale la plus imposante et la plus colorée du centre-ville. Comme partout en Afrique, le marché est très peuplé, bruyant et chaotique. Ce qui est le plus frappant, cependant, ce sont les couleurs et les parapluies omniprésents.

Étant donné que nous avons tous des appareils-photos et des t-shirts Exo Terra identiques, les gens remarquent très rapidement notre présence et certains réagissent même agressivement, nous demandant si nous sommes là seulement pour prendre des photos de leur misère.

Un kiosque en particulier attire notre attention et nous devons payer près de 20.00 € au propriétaire pour pouvoir prendre des photos. Le kiosque propose des têtes d’antilopes, des pieds d’éléphants, et des têtes et des pieds de singes dans un état de décomposition plus ou moins avancé. De plus, nous trouvons des serpents, tortues terrestres et caméléons séchés, un perroquet en décomposition, toute peau d’animal imaginable, des plumes, des pieds coupés de poulets et même la tête coupée d’une hyène. Simplement le fait de prendre des photos pourrait nous causer du trouble, mais nous sommes si complètement ahuris que nous ne pouvons pas arrêter de photographier. À ce moment-là, la chaleur de midi est devenue très oppressante et la puanteur du marché est accablante.

Emmanuel entraîne ensuite l’équipe avec lui parce que nous sommes en train de causer un incident. De retour dans le taxi, nous sommes conduits dans un meilleur secteur de la ville, où nous arrêtons pour prendre un verre et un repas dans l’un des plus fameux restaurants de Libreville. Ce restaurant sert de la nourriture internationale, mais la spécialité au L’Odika est de la viande de galago.

Le menu propose de l’antilope, du crocodile, du python, du sanglier et du porc-épic. Nous passons tous, mais Roland commande du python qui, en fait, ne goûte pas trop mauvais.

Au cours du repas, la pluie commence à tomber et se transforme ensuite en pluie torrentielle tropicale qui dure presque deux heures. Quand la pluie cesse, nous décidons de visiter le marché pour y trouver des objets d’art et des artéfacts africains. Lonnie et Emmanuel achètent deux masques remarquables à des prix très raisonnables.

De retour à l’hôtel à 18 h, nous prenons tous un verre au petit bar de la plage, près de l’hôtel. Par la suite, nous nous faisons un brin de toilette et nous rencontrons de nouveau pour le souper à 20 h. Pendant que le reste de notre groupe est encore assis après le souper, Roland et Brian font une petite excursion dans le parc de l’hôtel et reviennent peu de temps après avec une grenouille et un crapaud. Pas mal pour notre première journée. De retour à nos chambres, nous découvrons aussi un énorme escargot qui a de même été photographié jusque dans les moindres détails. À minuit, nous étions tous allés nous coucher.

JEUDI 26 AVRIL 2007 : LIBREVILLE

Nous avons relativement bien dormi, mais avons déjà un cas de vengeance de Montezuma. À 7 h, les premiers membres de l’équipe sont déjà réveillés et sont accueillis par un ciel partiellement ensoleillé. Au cours du déjeuner, nous discutons de toutes les maladies tropicales que nous pouvons contracter dans cette partie de l’Afrique. Cependant, ce n’est pas très rassurant. Par la suite, certains d’entre nous ont à faire un peu de lessive étant donné que nos bagages sont légers.

À 10 h 30, nous sautons dans deux taxis et sortons de la ville pour notre première excursion dans la jungle. Une fois en dehors de la ville, l’autoroute pavée devient une route en terre avec d’énormes nidsde- poule, et plus loin, on remarque de simples huttes et des maisons en ruines. Dans des moments comme ceux-là, nous réalisons que nous avons une vie sûre et confortable en tant qu’Européens. Même si le Gabon est un des pays les plus riches d’Afrique, il est tout de même un pays pauvre comparativement aux normes européennes.

Nous circulons en auto pendant environ 45 minutes jusqu’à ce que nous atteignions une forêt dense. Et là commencent réellement nos premières découvertes. Nous nous dispersons et Guy prépare sa caméra. Même si nous ne le remarquons jamais, il est partout à la fois, en train de filmer pour notre documentaire. Le temps change encore et la pluie est dans l’air. Malgré six paires d’yeux scrutant du regard la forêt et le sol, nous ne trouvons finalement que deux scinques et une grenouille.

À 14 h, il commence à pleuvoir et nous retournons tranquillement vers les taxis. Au retour en ville, nous apercevons deux grands varans, mais pendant que nous arrêtons l’auto et sortons, ils ont déjà disparu dans la brousse.

Nous sommes de retour à l’hôtel à 15 h et nous nous détendons dans un des belvédères. Entre-temps, il a arrêté de pleuvoir, et après notre repas, nous profitons de la brise rafraîchissante venant de l’océan. Comme nous le découvrirons souvent au cours des trois prochaines semaines, la brise arrête soudainement, et la chaleur est de nouveau oppressante. Pendant le reste de l’après-midi, nous passons du temps à nous détendre, à jaser et à discuter de l’itinéraire de la semaine suivante. Le coucher de soleil est spectaculaire ce soir et nous prenons tous beaucoup de photos.

Peu après 20 h, nous avons notre souper et nous y consacrons peu de temps. Parce que nous sommes fatigués, tout le monde se couche autour de 21 h 30. Seuls Brian et Roland ont encore assez d’énergie pour une dernière « session d’agames ».

VENDREDI 27 AVRIL 2007 : LIBREVILLE – LOANGO

Notre voyage commence réellement aujourd’hui. À 7 h, tout le monde est debout. Nous déjeunons, mettons de l’ordre dans nos finances et commençons à remplir nos sacs à dos. Peu après 10 h, Charlene et Marcella de notre voyagiste SCD arrivent. Pendant que nous réglons notre note et nous préparons au départ, la pluie abondante recommence. En l’espace de quelques minutes, la voie pour se rendre à nos chambres est complètement inondée et nous devons attendre un bout de temps jusqu’à ce que nous puissions récupérer nos sacs dans nos chambres. Le temps change réellement vite ici, en particulier à la fin de la saison des pluies. La matinée a débuté par une bonne brise qui s’est ensuite transformée en chaleur oppressante, et peu de temps après, en pluies torrentielles tropicales, une fois de plus. Enfin, les employés de l’hôtel nous remettent d’immenses parapluies pour que nous puissions aller à nos chambres et en revenir sans nous faire tremper.

Nous devons, une fois de plus, mettre tous nos bagages dans une fourgonnette trop petite pour neuf personnes et nous quittons en direction de l’aéroport vers 11 h. À l’aéroport, Klaus a failli être arrêté pour avoir pris des photos d’un édifice public. À la fin, ils lui ont tout simplement fait supprimer les photos qu’il avait prises. Il ne faut jamais oublier la règle d’or selon laquelle on ne peut pas prendre de photos de n’importe quel édifice fédéral ou public, n’importe où en Afrique. Se présenter à l’enregistrement est rapide et simple grâce à nos accompagnatrices. Lorsque nous traversons le scanner pour nos bagages, elles nous font un dernier signe de la main pour nous dire au revoir.

À 13 h 45, après un retard de 45 minutes, l’avion décolle. Notre voyage nous amène d’abord à Port-Gentil, la capitale économique du Gabon, et de là à Omboué. L’avion est petit et contient seulement 16 personnes. Étant donné que nous volons relativement bas dans un ciel sans nuages, le panorama à partir de l’avion est spectaculaire et nous prenons beaucoup de photos. C’est déjà devenu une routine pour chacun de nous. Même si l’expédition n’a pas encore réellement commencé, nous avons probablement déjà pris en tout plus de 800 photos, en particulier au moment de nos « sessions matinales d’agames ».

Le vol a été relativement court, et nous avons atterri à Port- Gentil après seulement 30 minutes dans les airs. À notre arrivée, nous avons été accueillis par notre hôtesse hollandaise. Et nous apprenons la mauvaise nouvelle. Il est très improbable que nous puissions marcher jusqu’à Petit Loango, à cause des interminables et abondantes chutes de pluie. La bonne nouvelle est que nous nous épargnerons la marche de 30 km de Petit Loango à Tassi. Mais même aller à Tassi en jeep représente encore, à ce moment-là, un gros point d’interrogation.

Un autre changement dans nos plans est la façon dont nous continuerons notre voyage. Au lieu d’aller à Omboué par avion, et de là, à Iguéla en jeep, nous serons directement transportés à Iguéla dans un petit avion Pilatus Porter. Après une heure d’attente, il est temps de monter à bord.

Le pilote qui s’appelle Rick est Américain, est originaire du Wyoming et n’aime pas parler. En bref, il est très étrange. De plus, faire embarquer tout notre personnel dans l’avion est une petite aventure en soi et il y a à peine de l’espace pour six personnes. Nous devons donc nous trouver une petite place et sommes à l’étroit. Cependant, malgré le manque d’espace et la chaleur dans la cabine, le vol est fantastique. Nous pouvons prendre plusieurs photos magnifiques du littoral, de la savane, des marais et des forêts.

Après un vol d’environ 45 minutes, Rick a fait atterrir l’avion de façon experte, au milieu de la savane, près de la lagune Iguéla. En sortant de l’avion, nous avons sauté dans l’eau. À cause des chutes de pluie abondantes des derniers jours, le champ sur lequel nous avons atterri était complètement inondé. Le paysage était toutefois époustouflant. Nous étions alors dans l’Afrique profonde et loin de toute civilisation. Une jeep et deux personnes de la localité nous attendaient déjà. Popopo et Dimitry seront nos guides pour toute la durée du déplacement dans la lagune et autour.

Tout notre équipement est chargé dans une remorque que nous laissons simplement derrière quand nous partons d’abord pour un safari de trois heures avant de nous diriger vers l’hôtel. Il n’y a pas de nuages dans le ciel et il fait chaud. Mais nous sommes tellement excités d’être ici que nous sentons à peine la température. Ou peut-être que nous nous y sommes déjà ajustés. Quelle sensation incroyable d’être dans un endroit si lointain, surtout en sachant que peu de gens ont marché là où nous marchons en ce moment. Au cours de cette première excursion nous voyons des éléphants, des singes et des buffles.

Ici, les éléphants des forêts sont différents de ceux de l’Inde ou de l’Afrique orientale. Plus petits que leurs semblables, ils sont noirs et extrêmement dangereux. Si un éléphant des forêts attaque c’est pour tuer. Peu avant la tombée de la nuit, nous atteignons l’océan où nous voyons encore des éléphants. Le coucher de soleil est éblouissant et nous sommes euphoriques. De plus, nos guides ouvrent une caisse de rafraîchissements pleine de bouteilles de bière. Quelle fin magnifique à une journée parfaite!

Lorsque le soleil disparaît derrière l’horizon, nous retournons à notre remorque, la fixons à la jeep et nous rendons au bord de la lagune où un bateau nous attend déjà pour nous faire traverser en direction du Loango Lodge. Nous sommes accueillis par Sandro, un Allemand de Berlin qui a vécu en Afrique pendant plus de 12 ans et qui est maintenant le directeur du Loango Lodge. Nous nous rendons à nos chambres, prenons une bonne douche et nous rencontrons ensuite sur la terrasse de l’hôtel donnant sur la magnifique lagune Iguéla.

Le souper est fantastique, mais la chaleur et l’humidité sont très oppressantes ce soir parce qu’il n’y a pas de brise provenant de l’eau. Nous sommes tendus et restons éveillés jusqu’à minuit et demi alors que nous commençons finalement à être fatigués. Cependant, Roland et Brian, ne veulent manquer aucune occasion et participent à une autre petite excursion nocturne à la recherche de reptiles et d’amphibiens.

SAMEDI 28 AVRIL 2007 : LOANGO – AKAKA

Nous avons tous bien dormi la nuit dernière et nous sommes rencontrés pour déjeuner à 8 h. Au cours de la nuit, il a plu abondamment, mais maintenant le ciel est clair de nouveau. Peu avant 9 h, nous commençons à charger le bateau. Il a une bonne dimension et deux hord-bord puissants de 80 HP. Jonas est le capitaine; Dimitry et Popopo sont nos guides sur le terrain et Makoy est le cuisinier. À 9 h 30, nous saluons Sandro et partons pour notre première expédition dans la jungle.

Lorsque Jonas fait démarrer les moteurs, nous apprécions le vent dans nos visages et en l’espace de quelques minutes, nos vêtements collants de sueur ont séché. Une fois hors du grand débit d’eau de la lagune, le long de la petite voie navigable, nous sommes attaqués par des milliers de moustiques et de mouches tsé-tsé chaque fois que le bateau arrête pour que nous puissions prendre des photos.

Au cours des deux heures pour nous rendre à Akaka, nous voyons des aigles-pêcheurs vocifères, des vautours palmistes, des martins-pêcheurs, des crocodiles, des singes et un éléphant. Peu après midi, nous arrivons au camp Akaka, où nous attendent déjà trois autres écoguides gabonais. Nous déchargeons le bateau et inspectons le camp qui sera notre maison pour les quatre prochains jours.

Le camp Akaka est situé directement dans la jungle au bord de la lagune. Un panneau solaire est utilisé pour faire fonctionner la radio pour des urgences et pour se protéger contre les braconniers, ce qui était la principale raison pour laquelle le camp avait d’abord été installé. Par conséquent, il est habité en tout temps. Le camp, composé de vieilles tentes sur de simples plateformes de bois, a l’air assez détérioré. Chaque tente est munie d’un seau pour se laver et de toilettes chimiques. La plateforme principale, sur laquelle nous nous assoyons et mangeons pendant que nous sommes au camp, a vue sur la lagune et a un immense trou dans son toit en chaume. Beaucoup d’objets sont délabrés, mais nous sommes juste contents d’être ici.

Après avoir déposé tout notre équipement dans les tentes, nous marchons pour la première fois dans la forêt vierge de climat tropical humide, pendant que notre repas est préparé dans la cuisine également en ruines. Au cours de notre promenade d’une demiheure, nous découvrons déjà une grenouille et un cobra des forêts. Ce n’est pas trop mal pour un début. Lorsqu’il commence à pleuvoir, nous retournons au camp. Nous arrivons complètement trempés et devons suspendre nos vêtements. Comme repas du midi, nous avons du poulet grillé, des légumes et du couscous. De la papaye fraîche et du café complètent notre premier repas dans la jungle et nous admettons tous que c’est beaucoup mieux que ce à quoi nous nous attendions.

La pluie a cessé de tomber, et après un bref repos, nous nous aventurons encore dans la brousse. Cette fois-ci, nous découvrons plusieurs grenouilles, deux scinques et un magnifique mamba vert. Chaque animal est photographié et filmé de près avant d’être retourné dans son habitat naturel. Roland attrape quelques cyprinodontes, un characin et un cichlidé (ou peut-être un tilapia) dans un petit biotope tout près.

La chaleur est redevenue très intense et la sueur coule sur notre corps jusqu’à ce que nos vêtements soient complètement trempés. De plus, la pluie revient de temps en temps. Lonnie nous prouve qu’il est un vrai « chasseur de crocodiles » quand il se lance de tout son corps sur un scinque et réussit à capturer cet animal rapide sans problème majeur. En voyant cela, nous avons compris qu’il n’y avait plus rien de sûr pour nous. Nous avons passé l’après-midi complet dans la forêt, mais quand la chaleur est devenue trop intense, nous sommes retournés au camp et avons décidé de faire une autre excursion avec le bateau.

La brise fraîche sur le bateau est fantastique et nous circulons à toute vitesse dans les mangroves pour nous rafraîchir. Nous apercevons même un éléphant des forêts que nous chassons à pied, mais peu de temps après, l’éléphant nous chasse jusqu’au bateau. Peu après 18 h, nous sommes de retour au camp et nous nous préparons pour la longue nuit. Nous nous lavons tous dans un seau, appliquons beaucoup d’insectifuge et nous rassemblons dans notre « salon ». Autour de 19 h, c’est l’obscurité complète et la nuit descend sur nous comme une couverture chaude et humide. L’humidité baisse habituellement entre 16 h 30 et 18 h 30, mais seulement pour gagner du terrain quand arrive l’obscurité. Ce soir, il fait 28 ºC et l’humidité est à 96 %.

Après le souper, nous faisons une dernière excursion qui nous rapporte un gecko. Somme toute, nous avons eu une excellente première journée à Akaka. Vers 23 h, nous allons tous nous coucher. À cause de l’humidité, et parce que nous avons de petites tentes et qu’il n’y a absolument aucune circulation d’air, nous avons tous des problèmes à dormir ce soir. Klaus et Brian ont même trouvé un petit rat dans leur tente. Après avoir échoué à attraper l’animal avec un sac de plastique, Brian le tue rapidement avec sa grosse lampe électrique. Nous réalisons maintenant que nous pouvons même trouver des animaux dans notre sommeil. Bonne nuit Akaka.

DIMANCHE 29 AVRIL 2007 : AKAKA

La nuit fut longue et chaude et à 6 h nous étions tous debout. Cinq minutes après nous être lavés dans un seau et nous être habillés, nous étions de nouveau complètement trempés de sueur. Lonnie était debout très tôt et avait déjà trouvé une belle tortue terrestre articulée. Aujourd’hui, c’est également l’anniversaire de Guy; nous lui offrons donc nos voeux et anticipons une petite fête ce soir.

Peu après le déjeuner, le tonnerre retentit pour la première fois, suivi d’éclairs, et ensuite, le ciel se déchaîne. C’est de nouveau une pluie torrentielle tropicale qui durera une bonne partie de la journée. Nous nous assoyons sur la plateforme et essayons de nous y faire. Étant donné qu’il y a un gros trou dans le toit, une partie de la plateforme est constamment inondée. Nous passons le temps à photographier les araignées suspendues entre les poutres et le toit. Roland s’ennuie et attrape de grosses blattes orientales qui sont aussi photographiées et filmées.

Plus tard au cours de la matinée, Emmanuel et Brian s’en vont dans de petits canots, malgré la pluie torrentielle. Nous prenons plus de photos de la tortue terrestre et d’une grosse tique éléphant. Roland est encore à la pêche et trouve quelques Epiplatys Singa et Hemichromis Fasciatus.

Quand la pluie se calme, Jonas commence à couper de l’écorce de quinine d’un arbre. Selon une vieille tradition, et pour montrer votre respect, vous devez vous excuser à l’arbre d’en couper l’écorce. La même écorce est ensuite coupée en petits morceaux, déposée dans une bouteille en plastique et partiellement remplie d’eau. C’est ce que les aborigènes boivent comme prophylaxie contre la malaria. Popopo nous explique aussi qu’il y a des plantes dans la forêt tropicale humide qui guérissent presque tout, de la nausée à la diarrhée et à la constipation.

Vers 13 h, nous prenons notre repas du midi. Aujourd’hui, nous mangeons du poisson et sommes de nouveau surpris de la qualité de la nourriture et des habiletés culinaires de Makoy. Parce qu’il pleut encore, nous essayons tous de nous détendre et certains des membres de l’équipe tombent même endormis. Peu après 15 h, la pluie arrête et nous décidons de faire une promenade en bateau. Nous voulons retourner au petit village déserté que nous avons vu hier et où nous avons remarqué un groupe de colobes.

Jusqu’en 1999, dix aborigènes vivaient dans ce petit village, vendant des légumes et du poisson aux employés de Shell qui travaillaient sur une plateforme de prospection pétrolière en mer. Chaque jour, les aborigènes marchaient 10 km à l’aller avec leur marchandise, quelquefois même deux fois par jour. Lorsque la plateforme a fermé, ils ne pouvaient plus survivre et ont dû déménager à Yombé.

En direction du village, nous avons apercu quelques singes, un serpent d’eau venimeux et un grand varan. Peu avant d’arriver à terre, nous apercevons un groupe important de singes traversant la clairière en avant de la ferme en bois délabrée. Toutefois, ils vont tellement vite qu’il est impossible de prendre quelques bonnes photos. Nous explorons le secteur complet et marchons ensuite loin dans la forêt. Le soleil est maintenant de retour, et par le fait même, la chaleur et l’humidité. Des milliers de mouches, de moustiques, de guêpes et de mouches tsé-tsé bourdonnent autour de nos têtes, attirés par nos corps en sueur. Au cours de notre promenade, nous trouvons quelques grenouilles et un lézard à écailles.

Vers 18 h, nous sommes de retour au camp et Klaus doit enlever un nid de guêpes des souliers que Brian avait suspendus pour les faire sécher. Aujourd’hui, la chaleur est extrême et les vêtements de chacun sont trempés. Le souper est servi peu avant 20 h, et ce soir, nous célébrons l’anniversaire de Guy avec du magret de canard et un gâteau d’anniversaire.

À 21 h 30, Emmanuel, Lonnie, Brian et Roland décident de faire une promenade nocturne, alors que Guy reste au camp avec Klaus et lui raconte des histoires des Seychelles. Plus tard, lorsque toute l’équipe est de retour, nous pouvons entendre des hippopotames de l’autre côté de la rivière. Nous prenons le bateau et essayons de nous approcher du bruit, mais nous ne pouvons rien voir. À 23 h 30, nous abandonnons et allons tous au lit, en prévision d’une autre nuit chaude et humide.

LUNDI 30 AVRIL 2007 : AKAKA

Malgré tous nos pressentiments, l’équipe a relativement bien dormi, mais nous étions levés encore au point du jour. À 9 h 30, nous avons laissé le camp afin de retourner à l’endroit où nous avions vu le grand varan, hier. Et effectivement, il est assis sur le même tronc d’arbre. Heureusement, nous nous approchons assez pour filmer et prendre quelques très bonnes photos. Plus tard, nous voyons un autre varan qui nage dans l’eau. Cependant, toutes les tentatives de Dimitry pour l’attraper, échouent.

À une petite clairière, nous nous rendons à terre parce que nous avons vu des chimpanzés. Pendant presque une heure, nous suivons soigneusement leurs traces dans la forêt la plus dense. Encore et encore, nous les entrevoyons, mais quand nous apercevons un groupe d’éléphants des forêts, nous savons qu’il est temps de nous retirer. Sur le chemin du retour, nous nous demandons tous comment nos guides peuvent trouver leur chemin dans cette brousse dense. La plupart d’entre nous avions déjà perdu notre sens de l’orientation après cinq minutes dans la forêt. Néanmoins, après avoir marché d’un bon pas pendant une heure, nous sortons exactement au même endroit où nous avions laissé le bateau. Pour nous, c’est un vrai miracle.

À midi, nous sommes de retour au camp, et sommes chanceux. Une bonne brise vient de la rivière, rendant la température non seulement supportable, mais même plaisante. C’est aussi un bon temps pour suspendre nos vêtements mouillés et humides. Pour le repas du midi, on nous sert des escalopes, et par la suite, des crêpes avec de la sauce au chocolat. Ensuite, la brise cesse et ça devient même plus chaud que jamais. Tout ce que nous pouvons faire est de bouger le moins possible, et très tôt, la moitié de l’équipe est vite endormie. Emmanuel s’allonge d’abord dans l’eau peu profonde d’un petit biotope et s’endort ensuite sur le dessus de notre bateau.

À 15 h, nous décidons de faire une autre excursion en bateau simplement pour nous soulager de la chaleur. Nous faisons démarrer le bateau et tous profitent du vent rafraîchissant. Dans une mangrove sombre, nous décelons un buffle d’Inde. Il ne semble pas très craintif et nous pouvons prendre quelques bonnes photos.

Nous trouvons ensuite un petit varan sur le tronc d’un arbre qui essaie de se cacher dans une ouverture de l’arbre. Cependant, « crocodile Lonnie » n’a pas de problème à le retirer malgré les sifflements, les morsures et les égratignures féroces de l’animal.

De retour au camp, nous faisons l’expérience d’un spectaculaire coucher de soleil. La nature ici est fantastique et vous pourriez presque vous sentir au paradis si ce n’était de la chaleur suffocante, aujourd’hui. Après le souper, nous décidons de faire une autre excursion en bateau. Nous pourrons peut-être apercevoir des hippopotames ou des crocodiles. Nous sentons les bienfaits du vent sur nos visages, et en l’espace de quelques minutes, nos vêtements humides et mouillés de sueur ont séché. Après environ 20 minutes, nous sommes chanceux et découvrons un crocodile nain dans une mangrove sombre. Avant de nous en apercevoir, Lonnie saute dans l’eau trouble, sans tenir compte du danger et tire le crocodile nain dans le bateau à mains nues. C’est incroyable! Quel gars étonnant! Il laisse échapper un cri triomphant et retourne dans le bateau. Nous sommes tous heureux de notre « prise » et retournons au camp, où nous avons une première session de photos d’une demi-heure. À ce momentlà, nous estimons avoir déjà pris presque 5 000 photos. À 23 h, nous allons tous nous coucher dans nos tentes humides. Nous sommes fatigués, mais heureux.

MARDI 1er MAI 2007 : AKAKA – LOANGO

À cause de la chaleur, tout le monde a dormi de façon intermittente. Emmanuel s’est levé à 3 h et s’est assis sur la plateforme. Plus tard, il a découvert que ce n’était pas une bonne idée. Jusqu’à l’aube, il entendit tout près les bruits les plus étranges. Était-ce un éléphant ou un hippopotame en train d’attaquer? Tout était possible, mais à présent il devait s’asseoir dehors parce que retourner à la tente dans la brousse pouvait même être très dangereux et était hors de question. Alors il commença à fredonner des chansons jusqu’aux premiers rayons de lumière.

À 5 h 30, le reste de l’équipe se leva. La forêt de l’autre côté de la rivière est spectaculaire dans la lumière brumeuse du matin, et nous prenons beaucoup de photos. À 7 h, nous avons notre déjeuner. Par la suite, nous prenons encore quelques photos du crocodile avant de le renvoyer dans la lagune. Nous commençons à empaqueter notre équipement, chargeons le bateau et quittons Akaka à 8 h 30. Nous avons réellement eu du bon temps ici, mais sommes maintenant curieux de ce qui nous attend.

Après quelques minutes sur la rivière, nous sommes de nouveau chanceux et voyons un crocodile au museau allongé se baigner dans le soleil sur le tronc d’un arbre pourri. Nous apprécions le boni, filmons pendant un bout de temps et prenons des photos. Vers 10 h, nous sommes de retour à Loango Lodge, où nous prenons tous notre douche avant de nous rassembler de nouveau pour le repas du midi. Certains d’entre nous prennent aussi le temps de faire de la lessive.

Sur la terrasse de l’hôtel, nous rencontrons Michael, un photographe d’Afrique du Sud, et Uli, un journaliste qui travaille pour le magazine allemand « Stern ». Ils sont ici pour écrire une histoire sur le Gabon, et ce n’est qu’hier soir qu’ils ont entendu parler de nous; autrement, ils nous auraient rendu visite à Akaka. Nous parlons pendant un bout de temps et la brise légère venant de l’eau et la bière froide sont agréables après les nuits et les jours humides dans la brousse.

Après le repas du midi, le temps change et nous pouvons voir un énorme mur gris de pluie approchant du sud et en l’espace de quelques minutes, le monde s’obscurcit et s’ensuit une averse orageuse. Cela annule automatiquement nos plans pour l’aprèsmidi et nous devons regarder la pluie jusqu’à la fin. De retour à sa chambre, Roland découvre un groupe important de Gris d’Afrique dans un arbre tout près. Plus tard, nous profitons tous du téléphone satellite et de l’accès à Internet dans l’hôtel et téléphonons à nos amis et à notre famille ou répondons à nos courriels.

Nous passons le reste de l’après-midi à échanger des histoires au sujet de l’Afrique et de nos voyages antérieurs. Pour souper, nous avons de l’excellent barracuda. À 21 h, la plupart des membres de l’équipe vont se coucher parce que tout le monde est exténué. Klaus et Guy restent debout pendant une autre heure, jasant en buvant une dernière bouteille de vin.

MERCREDI 2 MAI 2007 : LOANGO – TASSI

Nous avons tous dormi comme des bébés dans nos huttes climatisées et nous sentons regonflés lorsque nous nous levons à 6 h 30. Aujourd’hui, nous quitterons en direction de Tassi. Au cours du déjeuner, Sandro nous informe que notre départ est retardé parce qu’une des jeeps est prise dans la boue à cause de la pluie d’hier et doit d’abord être tirée de là. Nous profitons de l’occasion pour prendre des photos des animaux que nous avons apportés avec nous et aussi du cobra des forêts de Sandro.

À 11 h, nous sommes prêts pour le départ et chargeons notre équipement dans le bateau. La jeep nous attend déjà de l’autre côté de la lagune. Parce que la remorque a un pneu dégonflé, on doit amener un compresseur de l’hôtel. Nous occupons notre temps à essayer de prendre quelques photos d’un périophthalme. Toutefois, ce n’est pas facile parce que ces poissons sont craintifs et rapides. Enfin, nous sommes prêts à partir. Étant donné qu’il n’y a plus d’espace dans l’auto, Dimitry doit s’asseoir dans la remorque. Notre progression est lente parce que le chemin est plein d’eau, et nous avons parfois l’impression de conduire dans une rivière.

Au cours de notre trajet de deux heures dans la savane, nous apercevons un imposant troupeau de buffles et une jeep de cinq habitants locaux travaillant pour le Loango Lodge et qui ont préparé le camp pour notre arrivée. L’emplacement est fantastique, et de partout, nous profitons d’une belle vue circulaire à travers la savane et la forêt. Notre plateforme « salon » est beaucoup plus imposante et en meilleur état que celle d’Akaka. La même constatation s’applique aux tentes dans lesquelles nous dormons. On en compte un total de cinq et elles sont installées à environ 150 mètres l’une de l’autre. Au loin, nous pouvons voir et entendre l’océan Atlantique. La cuisine n’est pas visible de la plateforme principale, mais comme à Akaka, elle est entièrement équipée avec tout le nécessaire. Nous déchargeons nos sacs à dos et effectuons une brève inspection de ce qui sera notre maison pour les trois ou quatre prochaines nuits. En se dirigeant vers la tente, Klaus aperçoit deux gorilles ou chimpanzés au loin, mais ils sont trop loin pour en être sûr.

Peu de temps après, Lonnie et Brian entreprennent leur première visite de découvertes. Parce qu’il y a une bonne brise sur la savane, les températures sont étonnantes, et nous nous sentons tous bien et pleins d’énergie pour trouver ce qui se cache à proximité.

Tout en explorant le secteur, nous apercevons un buffle seul sortir de la forêt. Roland se rend dans l’une des petites îles dans la forêt et découvre un petit biotope dans lequel il trouve une belle sélection de cyprinodontes. De retour de son excursion, Lonnie nous montre des morceaux d’ambre qu’il a trouvés près d’une petite crique.

C’est ensuite le temps du repas. Nous mangeons de l’avocat avec une vinaigrette et du chili con carne. Par la suite, nous nous détendons un peu et vers 15 h, nous décidons de marcher en direction de l’océan. La jeep en fait autant. La marche est facile, mais nous devons traverser une petite rivière sur notre route et nous atteignons finalement l’océan. La rive sablonneuse intacte s’étend aussi loin qu’il est possible de voir et nous nous sentons comme les premiers explorateurs. Nous trouvons, toutefois, une quantité étonnante d’épaves flottantes et rejetées. Il y a déjà un certain temps, Michael J. Fay avait mis en oeuvre une initiative pour nettoyer une partie des plages du parc national Loango. Nous trouvons des centaines de bouteilles de plastique et de verre, des boîtes de conserve, des contenants de crème et de yogourt de tous les coins du globe. Nous n’en croyons pas nos yeux quand nous voyons des aiguilles de seringues qui ont aussi échoué sur le sol. C’est réellement triste de constater que même dans un endroit préservé et éloigné comme celui-là, l’homme a déjà laissé sa marque!

Nous sommes réjouis par la vue naturelle et étonnante de milliers d’ocypodés allant et venant continuellement avec les vagues déferlantes. Ils sont tellement rapides qu’il est presque impossible de prendre des photos pour montrer les quantités énormes qu’on peut trouver ici. Nous marchons sur environ deux kilomètres au bord de l’océan jusqu’à ce que nous voyions un énorme troupeau de buffles dans la brume de mer. Dans le troupeau, nous pouvons également distinguer trois éléphants. Toutefois, nous ne sommes pas assez près pour prendre quelques bonnes photos.

De retour au véhicule, nous nous trouvons soudain face à face avec un gros éléphant des forêts traversant la brousse et se rendant jusqu’à la plage. Nous sommes seulement à environ 80 mètres et sommes capables de prendre quelques très bonnes photos, en étant toujours conscients du danger que ces animaux représentent. Apparemment, ils se nourrissent d’une sorte spéciale de plante hallucinogène qui les rend encore plus imprévisibles. Pendant que nous étudions l’animal, le soleil se couche lentement et nous savourons cette incroyable sensation d’éloignement et d’absence d’existence humaine. Vers 18 h, nous retournons dans notre véhicule au camp de Tassi, décidons de retourner à la plage un peu plus tôt demain et laissons le véhicule derrière, espérant voir peutêtre certains hippopotames s’ébattre dans l’eau.

De retour au camp, nous nous lavons tous dans un seau et nous regroupons encore sur la plateforme principale. Pendant que nous sommes assis dans nos chaises en osier et buvons une bière rafraîchissante, en attendant le souper, un éléphant apparaît soudain de nulle part et se rend aussi près qu’à 50 mètres du camp. C’est une femelle, et notre équipe la connaît déjà. Son nom est Cruela et à une occasion dans le passé elle a attaqué la cuisine du camp. Elle semble habituée aux humains et nous laisse prendre beaucoup de photos. Nous nous aventurons de plus en plus près pour avoir de meilleures photos dans l’obscurité naissante. Pendant que nous soupons, et même pendant un long moment après, nous pouvons encore sentir la présence de l’animal. Vers 21 h 30, nous sommes tous fatigués et allons nous coucher.

À 2 h, certains d’entre nous se réveillent à cause du tonnerre et des éclairs d’un orage majeur, suivi d’une pluie torrentielle, qui sera notre berceuse pour le reste de la nuit. Nous réalisons aussi que notre retour à l’hôtel pourrait être compromis s’il continue à pleuvoir comme ça.

JEUDI 3 MAI 2007 : TASSI

Les personnes dans le camp se réveillent vers 5 h 30 et les premiers arrivés sur la plateforme sont Lonnie et Emmanuel. En approchant de notre « salon », ils sont complètement abasourdis. Une partie de la structure de bois est détruite, quelques chaises en osier et un contenant réfrigérant sont percés par des défenses d’éléphant et des conserves sont éparpillées dans l’avant-cour. Nos écoguides nous rapportent que l’édifice de la cuisine est aussi partiellement détruit. Pour la première fois, nous réalisons sérieusement à quel point ces éléphants peuvent être dangereux et destructeurs. À 7 h, nous sommes tous assis ensemble pour le déjeuner, nous discutons de l’incident et nous nous interrogeons pour savoir si l’éléphant reviendra ce soir. Au cours du déjeuner, la pluie revient en force et l’eau coule en trombes du toit. Une heure plus tard, la pluie torrentielle arrête et à 8 h 30, nous sommes prêts pour notre prochaine excursion.

Pendant que Lonnie et l’écoguide Dimitry restent derrière à la recherche de vipères du Gabon, le reste de l’équipe saute dans la jeep souhaitant voir aujourd’hui quelques éléphants et gorilles. Peu de temps après être partis nous voyons les premiers buffles, et un peu plus tard, des potamochères. Pendant que nous quittons le véhicule pour prendre quelques photos de plus près, il commence à pleuvoir de nouveau; au début, il pleut lentement, mais par la suite, la pluie devient abondante et nous sommes forcés de retourner au véhicule.

Nous continuons notre route dans la jungle intacte et nos guides nous amènent à un camp de chercheurs de primates, trois dames européennes, vivant dans la brousse avec quatre guides locaux pour mener des recherches sur les gorilles et les chimpanzés. Le camp est désert parce qu’ils sont partis sur le terrain, ce qui nous donne beaucoup de temps pour prendre quelques photos. Le camp est composé de six tentes dortoirs et de plusieurs structures rudimentaires abritant une bibliothèque et une salle de travail comprenant une grande table garnie de crânes et d’os de toutes tailles et formes, d’une cuisine élémentaire, des toilettes et d’une pièce pour la douche. À l’extérieur, sous un grand arbre est installée une autre table sur laquelle il y a 18 défenses d’éléphants, dont la longueur varie de 30 à 150 centimètres. Pour nous, il est inconcevable que des personnes puissent vivre dans un endroit comme celui-là pendant trois ans tout en effectuant leurs recherches. Vous devez être réellement convaincu.

Nous restons pendant environ 20 minutes et continuons ensuite notre excursion. Environ 10 minutes plus tard, nous apercevons un autre troupeau de buffles, 16 au total avec trois petits. Peu après, nous voyons un petit troupeau d’antilopes sitatungas et pour nous en approcher davantage, nous devons traverser une petite île dans la forêt. Ramper dans la brousse rapporte et nous obtenons de très belles photos de ces magnifiques animaux.

À midi, nous sommes de retour au camp. Lonnie a attrapé quelques grenouilles, et pendant leur excursion, Dimitry et lui sont tombés sur un immense troupeau de potamochères, composé d’au moins 150 animaux. Après le repas du midi, nous faisons tous une petite sieste, étant donné que nous avons planifié une longue promenade à pied dans l’après-midi.

Lorsque nous sommes de retour ensemble, Guy est complètement frustré parce que sa caméra vidéo, pour une raison ou pour une autre, ne fonctionne plus. Cependant, nous sommes chanceux parce qu’il a apporté une caméra de rechange, bien qu’elle ne soit pas aussi bonne que la grosse. Vers 15 h 30, nous quittons le camp dans la jeep pour nous diriger vers notre point de débarquement à environ six kilomètres au sud du camp et près de l’océan. Nos guides nous cueilleront ensuite à un point prédéterminé à peu près à la même distance sur la plage.

Popopo vient avec nous et le premier kilomètre nous mène dans un petit marais et ensuite dans la brousse dense. En ce moment, le soleil est de retour en force et c’est encore chaud, spécialement parce qu’il n’y a pas de brise provenant de l’océan, aujourd’hui. Marcher dans la brousse ne se fait pas sans risque parce que nous pouvons toujours tomber sur un éléphant à n’importe quel moment. Et si on se fie aux traces de pas et aux excréments, il doit y en avoir plusieurs autour. Nous suons tous abondamment, mais soudain nous sommes en dehors de la brousse et sur la plage. Il est presque 17 h et nous espérons voir beaucoup d’animaux.

Nous commençons cette promenade de 5 km de retour sur cette plage déserte, en sachant que peu de gens ont marché ici, auparavant. La sensation est indescriptible et nous sommes euphoriques en constatant que des endroits comme celui-là existent encore. Nous n’avons pas à attendre longtemps avant de voir les premiers éléphants. Le groupe est composé de cinq adultes et d’un jeune. Pendant environ 30 minutes, nous rampons en direction des animaux pour obtenir quelques belles photos en plan serré. Enfin, nous nous cachons derrière un gros tronc d’arbre, à seulement 30-40 mètres du groupe. S’ils nous repèrent, nous savons que nous avons un gros problème, en particulier parce qu’ils feront n’importe quoi pour protéger le jeune.

Après avoir pris bien des photos et lorsque Guy est heureux avec son matériel cinématographique, nous retournons lentement vers le rivage toujours conscients du risque extrême que nous prenons. Nous continuons le long de la plage déserte, et une fois encore, en peu de temps, nous nous retrouvons face au groupe suivant d’éléphants. Une fois de plus, nous prenons des photos et filmons, mais nous souhaitons tous, à ce moment-là, en trouver certains dans les vagues ou même voir quelques hippopotames. Pendant que le soleil disparaît derrière l’horizon, nous atteignons notre véhicule, heureux d’avoir quelques boissons froides et regardons un spectaculaire coucher de soleil dans un des endroits les plus reculés de la terre et au bord du continent le plus sombre parmi tous. Au même moment, le vent revient et rafraîchit la sueur sur nos visages. C’est peut-être ce qu’on ressent au ciel.

Pendant que nous sommes toujours au bord de l’océan et sommes heureux d’être en vie, un éléphant seul bondit sur la plage et attire notre attention. Difficile à croire, mais c’est Cruela, le même éléphant qui, selon nous, a détruit notre camp, la nuit dernière. Nous avons tous une étrange prémonition, mais elle tourne ensuite autour et disparaît aussi tranquillement qu’elle est arrivée.

De retour au camp, nous faisons partir le sable au lavage et nous réunissons sur la plateforme. Avant le souper, Lonnie repart et rapporte deux grosses tortues terrestres articulées. Au cours de notre repas, nous parlons de notre planification du lendemain. Nous voulons retourner à la plage, le matin, avant le déjeuner, c’est-à-dire vers 5 h 30-6 h, au plus tard. Ce soir, nous sommes tous très fatigués. Vers 20 h 45, Lonnie est déjà allé se coucher et le reste de notre groupe en fait autant environ une heure plus tard, espérant une bonne nuit de sommeil, mais encore un peu inquiet et se demandant si Cruela pourrait revenir ce soir.

À 1 h 15, Klaus est réveillé par un bruit très faible. Lorsqu’il regarde en dehors de la fenêtre moustiquaire, de son côté, il ne voit rien, mais quand il regarde du côté de Brian, il aperçoit Cruela juste à côté de leur tente. Sans faire de bruit, Klaus réveille Brian et quand il regarde en dehors de sa fenêtre, se demandant quoi faire, la trompe de l’éléphant est en train de flairer à la fenêtre. Instinctivement, Brian saute de l’autre côté et tous les deux sont maintenant horrifiés, surveillant, comme un animal dans un film d’horreur, la trompe se dirigeant de haut en bas de la fenêtre, en flairant et en les cherchant. Pendant qu’ils se demandent encore quoi faire, la trompe disparaît soudainement. Ils entendent ensuite un bruit provoqué par la défense de l’éléphant déchirant le mur de la tente et puis le matelas de Brian. Au même moment, Klaus laisse échapper un cri primal qui perce l’obscurité, réveillant Emmanuel et son père. Le cri suffit à effrayer Cruela qui recule, mais seulement de quelques mètres. Elle arrête alors et commence à brouter comme si rien n’était survenu.

En l’espace de quelques minutes, tout le camp est réveillé et nous chassons l’éléphant avec nos lampes électriques puissantes et beaucoup de cris et de hurlements. Nos écoguides suivent l’animal avec la jeep jusqu’à ce que Cruela disparaisse dans la forêt sombre. Finalement, nous nous regroupons sur la plateforme, oubliant pour un moment à quel point nous sommes fatigués. Il n’est pas question de retourner dans nos tentes cette nuit et nous décidons de rester sur la plateforme jusqu’au matin et de retourner ensuite à l’hôtel. Cette nuit, nous avons eu la preuve finale qu’il n’est pas sûr de rester ici plus longtemps. Pendant les prochaines heures, nous essayons tous de trouver un moyen de dormir un peu. Ce n’est pas facile sur le plancher en bois ou dans les chaises en osier. À 3 h, le camp est de nouveau paisible et la nuit a ramené la paix.

VENDREDI 4 MAI 2007 : TASSI – LOANGO

Au lever du soleil, nous sommes tous debout, encore fatigués, mais heureux que rien de pire ne soit arrivé la nuit dernière. Le déjeuner est servi à 7 h, et bien sûr, nous n’avons qu’un seul sujet de conversation. Néanmoins, nous décisons de faire un autre trajet autour de Tassi avant de retourner à l’hôtel dans l’après-midi. À 9 h, nous avançons dans la forêt dense espérant encore trouver une vipère du Gabon. Au cours de notre promenade d’environ deux heures, nous découvrons une autre tortue terrestre articulée, un énorme mille-pattes, un hanneton térébrant et plusieurs grenouilles. Et comme de nombreuses fois dans le passé, tous sont photographiés et filmés de tout angle imaginable.

Sur le chemin du retour à Tassi, nous passons devant un buffle solitaire et commençons encore une session de photos. Peu de temps après midi, nous sommes de retour au camp et n’avons pas à attendre longtemps jusqu’à ce que Makoy nous serve un autre repas inoubliable. Aujourd’hui, nous avons de la difficulté à trouver suffisamment de verres et d’assiettes étant donné que Cruela en a détruit la majeure partie. Après le repas, nous paquetons nos sacs et à 13 h 30, nous retournons à l’hôtel. Aux environs de 15 h, nous arrivons au traversier. Peu de temps après, nous buvons une bonne bière froide sur la terrasse de l’hôtel.

Samedi 5 mai 2007 : LOANGO

Nous avons tous eu une bonne nuit de sommeil, sans rongeurs ni attaques d’éléphants et à 7 h, nous sommes assis à la table pour déjeuner. Nous rencontrons Rene originaire de Hambourg, en Allemagne. Il est compagnon charpentier, a été en déplacement pendant deux ans et demi et a plusieurs histoires incroyables à raconter. Après le déjeuner, certains d’entre nous font leur lessive et à 8 h 45, notre bateau est prêt de nouveau pour le départ.

Aujourd’hui, nos écoguides sont Dimitry, et Sandro, à qui nous avons donné le surnom « le grand chasseur blanc » parce que nous croyons qu’il parle plus qu’il agit. Nous traversons la lagune et descendons à terre, là où Dimitry, connaît les endroits de nidification de quelques crocodiles. Toutefois, nous ne trouvons que quelques coquilles brisées et une dent de crocodile. Au cours de notre promenade dans la jungle, Sandro nous raconte des histoires au sujet de cantharides qui utilisent leur urine pour se défendre. C’est presque aussi violent que de l’acide chlorhydrique et peut causer d’énormes ampoules. Dimitry nous explique que les couches inférieures du tapis forestier sont riches en nutriments et en minéraux et peuvent prévenir la faim, au cas où quelqu’un se perd dans la forêt.

Aujourd’hui, nous découvrons d’abord le crâne et la clavicule d’un chimpanzé. Nous prenons des photos de tous les côtés, et ensuite, Dimitry les ramasse à l’aide d’un bâton, en prenant soin de ne pas y toucher et les dépose dans un contenant en plastique. La peur du virus Ebola est grande partout en Afrique et nous apprenons que seulement quatre mois auparavant, il y a eu une épidémie dans le nord du Gabon, mais elle a été rapidement isolée.

Nous continuons à marcher à vive allure et trouvons plusieurs grenouilles, un gecko, une magnifique tortue terrestre articulée et une grosse mygale. Nous voulons apporter cette dernière au camp pour prendre quelques photos, mais l’attraper n’est pas très facile. De retour au bateau, nous courons de nouveau dans un troupeau de buffles omniprésents.

À 12 h 30, nous sommes de retour au camp. Nous prenons notre repas, nous nous détendons un peu et à 15 h 30, nous sommes prêts de nouveau pour une autre excursion en bateau. Cette foisci, Dimitry veut nous conduire à un endroit dans la lagune où, selon lui, nous pouvons trouver des hippopotames. Guy reste à l’hôtel parce qu’il a l’estomac dérangé. Seulement 10 minutes après notre départ de l’hôtel, nous voyons les premiers hippopotames. Étant donné qu’ils remontent à la surface seulement pendant une seconde ou deux et qu’ils le refont ensuite toujours à un endroit où vous ne vous y attendez pas, il est extrêmement difficile de prendre de bonnes photos.

C’est un magnifique après-midi et nous apprécions tous le vent sur notre visage. Après avoir laissé les hippopotames, nous rencontrons un éléphant solitaire en train de brouter près du rivage. Nous éteignons le moteur du bateau et sommes capables de prendre quelques très bonnes photos en plan serré. L’éléphant réagit avec agressivité, barrissant de toutes ses forces et faisant claquer ses grandes oreilles à l’unisson.

Après avoir pris beaucoup de photos, nous changeons de direction et retournons à l’hôtel. De nouveau, nous voyons deux éléphants et l’un d’eux porte un transmetteur autour de son cou. Nous filmons et prenons encore des photos, jusqu’à temps de retourner à la « baie des hippopotames ». Nous supposons simplement que peu avant le coucher de soleil nous en verrons beaucoup plus que précédemment.

Et nous sommes chanceux! Nous comptons quatre ou cinq animaux et ils restent parfois au-dessus de l’eau pendant presque 15 secondes, assez de temps pour prendre de bonnes photos et filmer. Au même moment, le soleil se couche avec des couleurs incroyables et c’est véritablement un moment magique d’être si près de ces animaux sauvages et dans un cadre inoubliable. Quand ça devient trop sombre pour prendre plus de photos, nous mettons les gaz du bateau et retournons à l’hôtel, pendant que la merveilleuse brise sèche nos vêtements trempés par la sueur.

Le souper est servi à 20 h 30 et à 22 h, nous sommes tous au lit. Demain sera une journée longue et difficile.

Dimanche 6 mai 2007 : LOANGO – IVINDO

À 6 h 20, les premiers membres de l’équipe ont déjà leur déjeuner parce que le départ est prévu à 8 h. Rick, notre pilote « muet » est assis à la table voisine et tient à peine compte de notre présence. Nous avons tous une sensation étrange à l’idée qu’il nous transportera en avion pendant deux heures au-dessus de la forêt tropicale humide. Peu avant 8 h, nous saluons Sandro, nos écoguides fantastiques Jonas, Dimitry, Popopo et Makoy et les serveurs de l’hôtel. À ce moment-là, nous nous demandons tous si nous reverrons cet endroit.

À 8 h 10, notre avion décolle en direction du centre-est du Gabon. Encore une fois, nous sommes assis comme des sardines en conserve dans le Pilatus Porter que Klaus appelle le « transporteur de bananes ». C’est un matin nuageux et le vol prend environ deux heures. Chaque fois que le ciel est découvert nous ne voyons rien sauf la forêt tropicale humide parfois coupée par une petite rivière ou un lac. Comme d’habitude, nous profitons de chaque occasion pour prendre des photos de ce pays fantastique.

L’atterrissage à Ivindo est assez cahoteux et nous sommes contents d’être de retour sur la terre ferme. La piste d’atterrissage est une simple route en terre qui a été coupée de la forêt et au moment où Rick ouvre la verrière de l’avion, nous sommes attaqués par des moustiques et des milliers de petites mouches de la brousse. L’autre chose que nous remarquons est le changement de température. Ce n’est pas aussi chaud ici qu’à Loango parce que nous sommes à une altitude un peu plus élevée d’environ 400 mètres.

La petite communauté Ivindo qui exploite le bois est située à environ 20 minutes de l’aérodrome et nous attendons patiemment la jeep qui nous amènera le plus près possible de Langoué Bai. Lorsque la jeep arrive finalement, nous réalisons que nous aurons probablement moins d’espace dans le véhicule que dans l’avion. Le conducteur est un Gabonais de la localité; son seul passager est Anglais et tous les deux sont au service de la Stratégie mondiale de la conservation (SMC). L’Anglais nous souhaite la bienvenue à Ivindo, et du même souffle, nous dit qu’il y a une épidémie de fièvre dengue et qu’il retournera à l’hôpital de Lopé, avec le pilote.

Nous nous sentons très bien, et une fois l’avion décollé, nous chargeons notre équipement dans la jeep et nous nous serrons. Il y a quatre personnes sur le siège arrière et trois à l’avant. La durée du trajet est de deux heures sur des routes en terre et des ponts de fortune, et de plus en plus profondément dans la forêt tropicale humide. Pendant tout le trajet, nous avons l’impression de rouler dans un tunnel vert, en particulier parce que la route est juste assez large pour un véhicule. Après un virage, nous nous trouvons parmi un petit troupeau de buffles et devons attendre patiemment jusqu’à ce qu’ils aient traversé le chemin. C’est un trajet difficile, et à un moment donné, nous arrivons à une petite cabane en bois où nous sommes accueillis par Louise du Yorkshire, en Angleterre et par deux écoguides, Alain et Joseph. Ils sont tous au service de la SMC et seront nos hôtes pour les quatre prochains jours. Nous étirons nos jambes et déchargeons notre équipement, laissant tout ce dont nous n’avons pas besoin dans le véhicule parce qu’à partir d’ici nous devons transporter nous-mêmes tout notre nécessaire.

Après le départ de la jeep, on nous offre quelques boissons gazeuses, courtoisie de la SMC et nous entreprenons ensuite notre marche en direction de Langoué Bai. La première heure est particulièrement difficile parce que nous avons à surmonter une ascension abrupte et après quelques minutes dans la forêt, nous sommes complètement trempés de sueur. Nous marchons à vive allure parce que nous avons à couvrir une distance d’environ trois heures. À environ 16 h, nous atteignons le camp de la SMC, sans incident majeur.

À notre arrivée, nous déposons notre matériel sur le plancher, et étant complètement déshydratés, nous sommes ravis d’avoir des boissons froides. Nous commençons ensuite à regarder autour ce qui sera notre maison pendant les prochains jours. L’emplacement du camp a été découvert par Michael Fay et consiste surtout en roches et en ardoises plates, ce qui représente un avantage important durant la saison des pluies. Il y a un bâtiment en bois qui abrite le bureau, un bâtiment séparé pour la cuisine contenant des réfrigérateurs et une grande cuisinière à gaz et un grand bâtiment servant de salon et de salle à manger. Nous ne pouvons le croire, spécialement lorsque nous apercevons le bâtiment de la douche et la cabane séparée des toilettes sous laquelle est installée une fosse septique. De plus, les tentes dortoirs sont les meilleures et les plus grandes que nous avons eues jusqu’à maintenant. Même si tout est assez élémentaire, ça nous semble luxueux si on tient compte du fait que nous sommes dans l’un des endroits les plus isolés de l’Afrique.

Nous déposons notre matériel dans les tentes, nous familiarisons avec le camp, et peu de temps après, notre repas est servi. Après notre marche, nous sommes affamés comme des loups, mais notre repas est simple et consiste en une salade composée et en quelques omelettes, à peine assez pour satisfaire notre appétit. Mais encore une fois, nous ne devons pas oublier que nous ne faisons pas ici un voyage pour notre bien-être.

Nous passons le reste de l’après-midi sur le « rocher » que nous appelons notre nouvelle maison temporaire parce que nous n’avons pas la permission de partir du camp par nous-mêmes. C’est complètement ridicule, mais nous venons juste d’arriver et ne voulons pas commencer à discuter tout de suite. Peut-être Louise se détendra-t-elle dans les prochains jours. Néanmoins, nous nous promenons au bord de la jungle pendant un certain temps, mais ne trouvons rien qui vaille la peine d’être pris en photo sauf le camp lui-même.

Quand il commence à faire noir, nous découvrons une civette relativement grosse derrière le bâtiment de la salle à manger et nous pouvons prendre quelques bonnes photos.

La civette aime les cerises de café, et quand elle les mange, elle digère seulement le fruit et le grain de café se retrouve dans ses excréments. Les gens croient que ces civettes savent à quel point ces cerises de café sont mûres et choisissent toujours celles qui sont juste à point. Il est donc sûr de supposer que les grains de café de ces cerises seront aussi les meilleurs. On croit également que des enzymes dans l’estomac de la civette ajoutent de la saveur au café en décomposant les protéines qui donnent le goût amer au café. Dans de nombreux pays d’Asie du Sud, les grains de café sont amassés dans les excréments des civettes, traités et vendus sur le marché international. Étant donné que ces excréments sont rares, seulement 500 kg de ce café sont produits chaque année, en faisant le café le plus rare et le plus cher dans le monde.

À 20 h 30, nous avons notre souper au cours duquel nous questionnons Louise et Alain au sujet de Langoué Bai, où nous avons planifié de nous rendre le lendemain matin. Langoué Bai est apparemment un lieu d’une beauté incomparable; c’est situé au coeur de la forêt tropicale humide du Gabon, là où nous pourrions avoir la chance de rencontrer un éléphant des forêts en train de brouter près d’un gorille de côte parmi des antilopes sitatungas et des buffles.

Même si nous sommes de plus en plus excités de voir cet endroit, vers 22 h nous sommes tous fatigués et nous rendons dans nos tentes. Demain arrivera vite.

Lundi 7 mai 2007 : IVINDO

Nous nous réveillons à 6 h et le ciel est clair. Le déjeuner est à 6 h 30 et à 7 h 30, nous sommes prêts pour notre promenade à pied à Langoué Bai. De notre camp actuel, il s’agit d’une marche de deux heures à vive allure et à 9 h 30, nous arrivons à la plateforme. La Bai, qui est le mot pygmée pour une clairière dans la forêt, mesure environ 1 km de long par 300 m de large. Elle est constituée d’un sol salin nourrissant qui persuade les animaux de la forêt de venir à ciel ouvert et nous pouvons les observer sans être vus, à partir de plateformes dans les arbres. Langoué Bai a aussi été découvert par Michael J. Fay durant son Megatransect à travers l’Afrique centrale.

Louise et nos écoguides nous ont apporté des sandwichs, du café, du thé et des boissons gazeuses parce que nous passerons la plus grande partie de notre journée ici. Il est de nouveau strictement interdit de se déplacer où que ce soit, même pas aux toilettes, sans un guide pour nous accompagner. Nous restons sur la plateforme jusqu’à 14 h 30, quand ça commence à devenir réellement chaud. Aujourd’hui, nous voyons des éléphants, des sitatungas et des potamochères. Durant le temps passé sur la plateforme, il n’y a pas beaucoup d’action et quelqu’un peut littéralement entendre le gazon pousser. Sur le chemin du retour au camp, nous apercevons un groupe de singes, un scinque, un serpent et un gros mille-pattes.

À 16 h 30, nous sommes de retour, complètement trempés et assoiffés comme des chevaux. Klaus découvre soudain une grosse protubérance sous son genou et a des problèmes à marcher. La partie inférieure de sa jambe est entièrement rouge et chaude et semble inflammée. Nous supposons qu’il s’agit d’une piqûre d’insecte ou d’une esquille. Nous lui administrons un antiinflammatoire et suggérons qu’il n’exerce aucune pression sur sa jambe pendant au moins 24 heures, parce que nous devons nous assurer qu’il sera capable de marcher hors d’ici de nouveau, dans trois jours.

Nous passons le reste de l’après-midi au camp, causant et racontant des histoires. Roland va pêcher dans le petit ruisseau près du camp et revient avec une belle sélection de différents cyprinodontes.

Il pourrait même avoir trouvé une nouvelle espèce, mais nous ne le saurons pas jusqu’à ce que nous retournions chez nous. Vers 20 h, le souper est servi. L’atmosphère est un peu tendue, parce que nous ne sommes pas heureux des dispositions, et Louise et nos guides peuvent discerner notre ressentiment. Après le souper, Emmanuel décide d’éclaircir les choses et nous avons une longue discussion avec Louise. Emmanuel lui explique que nous avons fait plusieurs de ces voyages sur le terrain, auparavant, et que ce n’est pas la première fois que nous marchons dans la jungle. Nous ne demandons pas grand-chose, juste la permission de nous promener en dehors de l’emplacement du camp, avec un guide, bien sûr. Au début, Louise est effrayée parce que nous sommes si isolés ici, mais à la fin, elle abandonne. À 22 h 30, nous disparaissons tous dans nos tentes.

Mardi 8 mai 2007 : IVINDO

La nuit dernière, nous avons tous assez bien dormi et à 6 h 30, nous nous rencontrons pour le déjeuner. L’état de la jambe de Klaus ne s’est pas amélioré et il n’est pas question qu’il marche où que ce soit aujourd’hui. Parce qu’il n’y a pas de cubes de glace dans le camp, il a déposé une serviette mouillée dans le semi-congélateur et il la place plus tard sur sa jambe pour réduire l’inflammation.

Le reste d’entre nous quitte vers 8 h 30 pour une excursion dans la forêt, mais quand même près du camp. Nous nous promenons autour pendant les trois heures suivantes. À 9 h, la chaleur est devenue presque aussi oppressante qu’à Akaka. Cependant, nous sommes chanceux aujourd’hui. Nous trouvons une belle grenouille et très probablement, une nouvelle espèce de gecko. C’est une magnifique femelle et nous pouvons seulement imaginer à quoi le mâle ressemble. Vers 12 h 30, le repas est servi et ensuite nous nous détendons pendant un bout de temps. La chaleur est intense et il n’y a absolument aucune brise. C’est presque comme si toute la nature s’immobilisait. Aujourd’hui, tout le monde semble un peu exténué. Même Roland, qui ne peut jamais s’asseoir tranquille pendant un long moment à cause de son « syndrome de la caméra », s’est retiré dans sa tente. Emmanuel est complètement couvert de piqûres de moustiques, mais semble totalement inconscient de leur présence. Vers 16 h, une petite brise revient et la pire chaleur de la journée disparaît.

De nouveau, nous nous promenons autour du camp et échangeons des histories d’aventures passées. À 20 h, nous prenons notre souper. À 22 h, nous sommes tous épuisés à cause de la promenade et de la chaleur. Nous n’avons pas arrêté pendant les deux dernières semaines et nous commençons tous à en sentir lentement les effets. Quand nous nous dirigeons vers les tentes dortoirs nous remarquons la pleine lune et le magnifique ciel étoilé que nous ne pouvons trouver que dans des endroits comme celui-ci, loin de la civilisation.

Mercredi 9 mai 2007 : IVINDO

Grâce à une nuit fraîche, nous avons tous eu un sommeil réparateur. À 6 h, nous sommes déjà en train de déjeuner. Ce sera notre dernier jour dans le camp avant notre retour au monde réel. La jambe de Klaus lui fait encore mal, mais elle n’est plus inflammée et avec un peu de chance, il pourra sortir de la brousse, demain.

Nous aurions aimé passer une nuit sur la plateforme d’observation à Langoué Bai, mais Louise ne nous le permettrait pas. Aujourd’hui, nous essayons aussi de la convaincre de nouveau que de quitter plus tôt le matin augmenterait nos chances de voir des gorilles, mais elle ne s’en tient qu’à son horaire personnel. Il n’y a aucun départ avant 7 h 30 parce que plus tôt c’est trop sombre dans la forêt. Nous pensons tous qu’elle se croit toute-puissante.

À 8 h, nous sommes sur le chemin du retour à Langoué Bai et espérons voir des gorilles. Aujourd’hui, ce sera notre dernière chance. Nous marchons vite et atteignons la plateforme peu avant 9 h. Et nous sommes chanceux. Un gorille solitaire est encore à la rivière et nous pouvons prendre beaucoup de photos avant qu’il disparaisse de nouveau dans la forêt. Nous sommes presque sûrs qu’il y avait plus de gorilles plus tôt ce matin, mais ils retournent habituellement dans la forêt au moment où le soleil se lève. Il n’y a pas de nuages dans le ciel et on aura encore une autre journée torride. À 11 h 30, nous prenons un goûter léger et peu après midi, nous décidons de retourner au camp où nous arrivons une heure et demie plus tard.

À 15 h 30, la chaleur la plus intense a disparu; nous nous rendons alors à l’extérieur pour nous asseoir et causer, dans le belvédère. Nous prenons ensuite notre douche l’un après l’autre et nous sentons plus rafraîchis. Une fois le soleil disparu derrière les arbres, de gros nuages sombres commencent à se regrouper dans le ciel. Nous n’avons absolument pas besoin d’une autre pluie torrentielle tropicale parce que ça rendrait notre retour à Ivindo demain un peu plus difficile. Pendant que nous sommes encore assis dans le belvédère, nous apercevons un colobe dans un arbre tout près et nous organisons pour filmer et prendre des photos.

Vers 18 h, il commence à faire noir et peu de temps après, la nuit descend sur le camp. En fait, ce sera notre dernière nuit dans la jungle. Soudainement, nous découvrons un scorpion dans le belvédère. Nous sautons tous pour attraper nos appareils-photos. Il s’agit d’un animal relativement petit, mais sans aucun doute, extrêmement dangereux. Nous prenons des photos de chaque angle jusqu’à ce que nous soyons appelés pour le souper. À ce momentlà, l’humidité est revenue et nous sommes tous trempés de sueur. À 22 h, nous nous rendons tous à nos tentes et empaquetons nos effets personnels parce que nous quitterons le camp tôt, demain matin.

Jeudi 10 mai 2007 : IVINDO – LIBREVILLE

À cause de la chaleur de la nuit dernière, la plupart d’entre nous n’ont pas bien dormi et à 5 h 30, tout le monde est debout. Le déjeuner est à 6 h et à 7 h, nous quittons le camp. Nous devons marcher vite parce qu’on nous cueillera à 9 h à notre point de rencontre organisé à l’avance. La jambe de Klaus lui fait encore un peu mal, mais il est confiant qu’il fera le trajet sans problème. À 8 h, la forêt est déjà d’une chaleur torride et nous transpirons tous comme des chevaux, en particulier avec tout l’équipement que nous transportons sur notre dos. Au cours du trajet, nous voyons un troupeau de potamochères traverser notre chemin, un magnifique mille-pattes et un scorpion empereur, noir comme du jais et mesurant 24 cm de long.

À 9 h 15, nous sommes en dehors de la forêt et Nigel nous attend déjà. Il est d’Angleterre et responsable de l’opération de la SMC à Ivindo. Selon lui, ça n’aurait pas été un problème de passer une nuit sur la plateforme à Langoué Bai si nous lui avions simplement demandé avant de nous rendre là. Nous essayons de ranger tout notre équipement dans le petit véhicule, disons au revoir à Louise, Alain et Joseph et nous serrons dans la petite auto pour une promenade de deux heures de retour à la station Ivindo.

À 11 h 30, nous arrivons à la maison de Nigel, de l’autre côté de la gare. Ivindo est un camp d’exploitation du bois et l’entrée au parc national Ivindo. Le petit village est composé d’environ 200 habitants, dont la plupart sont Gabonais. C’est assez élémentaire, mais ne laisse pas à désirer si on tient compte du fait que c’est au milieu de nulle part. À notre arrivée à la maison de Nigel, nous sommes d’abord accueillis par un duiker au dos jaune qu’il garde comme animal de compagnie. Parce que nous sommes complètement trempés de sueur après avoir marché dans la forêt, Nigel nous invite à nous nettoyer chez lui. Quand nous entrons dans sa maison, nous sommes étonnés de voir comme c’est beau. La maison est bien sûr climatisée et nous nous sentons tous comme des nouveau-nés après avoir pris une douche chaude. Notre hôte nous a même préparé un repas et la table est déjà mise. Nous n’arrivons pas à croire à notre chance et délectons nos bières froides dans le confort de l’air conditionné.

Peu après 13 h, nous sommes prêts pour nous rendre à la gare où nous remercions Nigel de son hospitalité. Le train est en retard d’une heure et nous profitons de l’occasion pour parler à des personnes de la localité et pour prendre des photos de la gare et du village. Le paysage ici nous rappellerait un vieux film du Wild West, si ce n’était de tous ces Gabonais autour de nous qui nous regardent curieusement.

Bien des années auparavant, le président Bongo a fait construire cette ligne de chemin de fer comme projet de prestige pour environ un milliard d’euros. Il relie Franceville au sud-est du Gabon à Libreville au nord-ouest, à environ 800 km de distance et il y a seulement trois trains par semaine, dont deux circulent durant la nuit. Maintenant, tout est assez mal entretenu, en particulier les voitures des trains.

Néanmoins, nous espérons encore un beau voyage en train relaxant, mais sommes rapidement déçus lorsque nous entrons dans notre compartiment. Même si les sièges sont confortables, la voiture est sale et en mauvais état et nous ne pouvons même pas regarder à l’extérieur des fenêtres doubles glacées. D’abord, parce qu’elles sont complètement sales à l’extérieur et n’ont probablement pas été nettoyées pendant des années. Ensuite, entre les deux fenêtres, la condensation s’est accumulée à cause de l’air conditionné et il est presque impossible de voir quoi que ce soit. Quel dommage parce que notre voyage en train nous conduira dans certaines des régions les plus spectaculaires de ce côté-ci du Gabon.

Sept longues heures plus tard, nous arrivons épuisés à Libreville. Le climatiseur a fait défaut peu après notre départ et nous sommes de nouveau en sueur et assoiffés, et heureux de quitter le train et de respirer l’air frais. Il est maintenant 21 h 30 et la gare est dans un chaos complet. Des policiers vérifient tout le monde qui arrive du train et nous avons même à sortir nos passeports. Grâce à Dieu, les dames de « l’opération Loango » sont à temps et nous sommes rapidement amenés dans la fourgonnette. Nous nous serrons et roulons vite dans la ville comme si le diable luimême nous chassait, et nous retournons au Tropicana, où nous arrivons peu après 22 h.

Nous nous enregistrons à nos chambres, déposons notre matériel et nous rencontrons quelques minutes plus tard dans le restaurant. Il y a des musiciens sur place ce soir et nous sommes chanceux que la cuisine soit encore ouverte. Nous profitons de quelques boissons froides, d’un bon repas et d’une brise fraîche qui vient de l’océan, spécialement après les longues heures sur le train. Peu après minuit, après une journée bien remplie, nous nous retirons dans nos chambres et nous couchons. Nous avons eu un voyage long et épuisant depuis que nous nous sommes levés ce matin.

Vendredi 11 mai 2007 : LIBREVILLE

Nous avons tous bien dormi dans nos chambres à l’air conditionné et nous réveillons avec un magnifique lever de soleil et un ciel clair. Encore une fois, Brian et Klaus sont les malchanceux. Ils sont tous les deux couverts de piqûres d’insectes et nous supposons qu’ils avaient des puces dans leur lit. De plus, les matelas dans leur chambre étaient si vieux qu’ils s’affaissaient dans le milieu. Klaus s’adresse au gérant et peu de temps après, les matelas sont échangés pour des nouveaux et un insecticide dans un gros contenant est répandu dans leur chambre, probablement assez pour tuer un éléphant.

À 8 h, nous prenons notre déjeuner et discutons de notre situation financière. Le problème est que nous n’avons pas suffisamment d’argent comptant. Personne ne prend les cartes de crédit ici, même pas le personnel de l’hôtel. Après des heures à nous promener en auto dans Libreville pour trouver des guichets automatiques et pour arranger un transfert d’argent de la Western Union en provenance de la Belgique, nous avons de nouveau de l’argent. Le temps est suffocant et chaud et nous passons l’aprèsmidi sous le belvédère à regarder les vagues. Emmanuel passe des heures dans l’eau et sa peau est complètement plissée quand il sort finalement.

Ensuite, soudainement, le ciel s’assombrit et des éclairs illuminent l’horizon, suivis d’un tonnerre retentissant. Et par la suite, comme de nombreuses fois auparavant, le ciel s’ouvre et la pluie se transforme en déluge. Nous prenons notre souper peu après 20 h et à 23 h, nous allons tous au lit. Juste avant, Brian a encore vidé la moitié d’un contenant d’insecticide dans sa chambre et nous nous demandons si lui et Klaus se réveilleront de nouveau, le matin suivant.

Samedi 12 mai 2007 : LIBREVILLE

C’est notre dernier jour en Afrique. Nous avons tous eu une bonne nuit de sommeil et sommes heureux de voir Klaus et Brian encore vivants. Comme nous nous y attendions, il n’y a pas eu d’autres piqûres d’insectes. À 7 h 30, nous prenons tous notre déjeuner et planifions ce que nous ferons le reste de la journée. Nous sommes tous d’accord pour faire une dernière expédition dans la jungle. À 9 h 30, nous avons organisé notre transport avec deux taxis et conducteurs y compris notre vieil ami Claude et nous nous rendons dans la jungle, à l’extérieur de Libreville. Le trajet sur des routes en terre remplies de nids-de-poule prend environ une heure. Parce que les autos ne sont pas climatisées, nous pouvons sentir l’arrivée d’une autre journée chaude et humide.

Cinq minutes dans la brousse et nous sommes déjà trempés de nouveau. Notre excursion prend environ deux heures et nous ne pouvons croire la quantité d’animaux que nous trouvons si près de la capitale, c’est-à-dire deux geckos (probablement même une nouvelle espèce), un scinque, trois différentes grenouilles, un crapaud, un magnifique crabe de terre commun orange, quelques cyprinodontes et un poisson-chat. Pas mal pour une petite excursion, en particulier si vos attentes ne sont pas élevées.

À 13 h, nous sommes en dehors de la forêt et avons la gorge brûlante, mais sommes heureux de nos prises. Toutefois, c’était notre dernière chance de voir des caméléons, les seuls reptiles que nous n’avons pas été capables de trouver durant toute l’expédition. De retour à l’hôtel, nous nous désaltérons d’abord avec des boissons froides et nous rendons ensuite dans nos chambres pour prendre une douche et raser notre barbe de deux semaines. Quand nous nous revoyons, nous avons l’air de nouvelles personnes. Le reste de l’après-midi, nous nous détendons dans le belvédère et avons tous hâte de regagner nos maisons. Le ciel est clair et nous profitons d’un dernier coucher de soleil spectaculaire au Gabon. Le souper est à 20 h 30 et à 23 h, nous allons tous nous coucher.

Dimanche 13 mai et lundi 14 mai 2007 : LIBREVILLE – PARIS

Il a plu abondamment la nuit dernière et nous nous levons tôt. Après le déjeuner, nous empaquetons notre matériel pour nous préparer à notre départ final. Le brunch du dimanche est légendaire au Tropicana et nous profitons d’un excellent repas de poisson. L’après-midi est long et s’éternise surtout parce qu’on ne nous amènera pas à l’aéroport avant 20 h. De là, nous retournerons en Europe et en Amérique.

Nous utilisons ce temps pour nous détendre et reconstituer le voyage complet. Ce fut une expérience merveilleuse pour nous tous et nous apportons avec nous des souvenirs inoubliables d’un pays qui représente encore la nature comme elle était jadis « sur le bord d’un continent et figée dans le temps ».

 
FacebookYouTubeTwitterGoogle PlusLogo Conservation Networking

Accounts

Mot de passe oublié ?

Register Now
Troisième découverte d’une nouvelle espèce lors d’une expédition Exo Terra